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ثقافة Film « La rivière » de Ghassan Salhab : Sur le décalage sentimental, la nature alliée et le principe espérance

نشر في  18 ماي 2022  (13:03)

Le dernier film du réalisateur libanais Ghassan Salhab, distribué par Hakka Distribution à partir du 18 mai 2022 dans certaines salles de cinéma tunisiennes (CinéMadart, Amilcar, Le métropole) et autres espaces culturels, est un film sur le décalage amoureux. Réunissant l’acteur palestinien Ali Suleiman et l’actrice libanaise Yumna Marwan, le film est le troisième volet d’un triptyque ayant pour première et deuxième parties « La montagne » et « La vallée ».

Le film est basée sur l'histoire de deux itinéraires qui ne cessent de s'entrecroiser. Lui, Ghassan, est encore amoureux d’elle. Il garde en mémoire les détails de leur première rencontre et conserve les premières photos et vidéos qu’il a enregistrées par fougue sentimentale. Elle, a déjà pris de la distance, libérée ses sentiments de leurs attaches et s’est doté de la force du retrait. Mais ils se retrouvent, le temps d’un repas sur la terrasse d’un restaurant donnant sur une forêt du nord du Liban, par temps automnal. Les feuilles sèches qui jonchent le sol font écho à cette liaison en phase de délitement, à ce dessèchement partiel des choses et des sentiments.

Le temps qu’il tente de faire démarrer sa voiture réfractaire ; elle, disparait dans la forêt. Commence alors une recherche, une quête sur un territoire planté de mines. On est au Liban et les avions de chasse qui ne cessent de couvrir le ciel rappellent la présence de l’ennemi. Les pommes pourries qu’offre Ghassan à sa bien-aimée, renvoient, quant à elles, à la fin des mythes, ceux des histoires d’amour éternelles et autres fusions romantiques.

 Sur ce territoire de la discorde où la victoire n’est pas acquise, lui, Ghassan, essaye de déjouer la froideur et la fin des sentiments. Il tente de reconquérir son ex-partenaire et de donner un nouveau souffle à un amour perdu. Elle, a déjà l’esprit ailleurs, une voix-off féminine l’annonce en début de film, «  je suis devenue différente » dit-elle au pied d’un chêne, paraphrasant Alice au pays des merveilles.

Et c’est ce décalage sentimental entre les deux protagonistes que le réalisateur va essayer de nourrir par des gestes filmiques délicats: en cadrages, en regards, en surimpression, en brouillard, en coloration, en silences. Tous concourent à cet état de fait de la séparation que Ghassan refuse d’admettre. Leur histoire d’amour n’étant plus réciproque, leurs cheminements ne peuvent plus aller de pair, au mieux, ils ne pourront que s’entrecroiser.

Le réalisateur s’appuie alors sur ces tangences pour faire évoluer son récit : par de brèves, intenses et fortuites rencontres dans la forêt, par surimpression de leurs images, par les plans larges sur la nature qui suggèrent leurs présences et les réunis mentalement, par les plans en contre-plongée qui montrent un ciel où se croisent les traces de fumée des avions de chasse.

Ces croisements réels et symboliques taillent alors leur lien, font qu’il puisse prendre forme, et nourrissent l’espérance du personnage Ghassan. Car le principe espérance est bien là, c'est lui le moteur qui maintient Ghassan dans sa quête, dans son rêve de rétablir sa relation amoureuse. Et lorsqu’au détour d’un rocher ou d’un arbre, elle lui jette ce : « tu sais qu’on n’est plus ensemble », il a envie de disparaitre du regard ou peut-être même de l’existence. Le réalisateur l’enveloppe alors dans un brouillard qui vient le secourir, couvrir sa douleur et son désarroi.

 La forêt dans ses différentes déclinaisons, Salhab en fait son allié. Elle est à la fois lieu, expression et signe. L’arbre qui saigne, la verdure qui promet, les feuilles mortes, la rivière qui sépare, les blocs rocailleux qui protègent, les chutes d’eau qui crachent leurs tripes font tous partie de cette nature qui vient prêter main forte à la mise-en-scène totale du film. Un film nourri de sentiments, de nature et surtout d’un devenir qui se refuse à l’union.

Et c’est vers la fin du film que se confirme la séparation finale du couple, lorsque le personnage féminin s’engouffre dans un labyrinthe rocailleux qui ne fait plus écho aux paroles d’amour de Ghassan, le renvoyant à l’âge de pierre, à la préhistoire des sentiments et le laissant figé dans sa douloureuse vérité, celle de savoir que l’être aimé est parti à jamais et qu’il n’y a plus de possible amoureux.

* Le CinéMadart propose à partir de cette semaine, une immersion dans l'univers du réalisateur libanais Ghassan Salhab pour accompagner la sortie de "La Rivière": "1958", "Terra incognita", "La Vallée" et "La Montagne".

Chiraz Ben M'rad